S’implanter dans le marché de la BD, c’est dur

Lorsque j’ai annoncé que je comptais me lancer dans l’aventure d’une maison d’édition, certains m’ont regardé avec de grands yeux, se demandant sans doute comment je pourrais bien m’en sortir.

Il suffit que vous alliez faire un tour chez votre libraire BD spécialisé, dans une grande surface qui fait des prix verts ou bien encore dans l’hypermarché où vous allez faire vos courses. Repensez à quoi ressemblait le rayon BD il y a 10 ans, et comparez le avec ce qu’il est aujourd’hui. Personnellement, j’avoue ne plus trop m’y retrouver devant l’abondance de titres de BD, manga et comics qui existent.

Les chiffres parlent d’eux même : en 2009, on a compté 3599 nouveautés en Bande dessinée, contre 1020 en 1999. En 10 ans, le nombre de titres a donc plus que triplé.

C’est une aubaine pour la BD…

C’est en effet une véritable aubaine pour la BD, s’il y a bien une chose dont l’on peut être fier en France, c’est notre diversité culturelle. Quoi qu’ait pu dire à l’époque un certain Jean-Marie Messier, l’exception culturelle française n’est pas morte et heureusement pour nous !

Jamais nous n’avons eu autant de choix en tant que lecteurs.

Par ailleurs, c’est aussi l’illustration que la Bande dessinée est un secteur en très grande forme et qui contrairement à d’autres, ne connaît pas tant que ça la crise.

Plus on a de BD à notre disposition, plus on a la chance de pouvoir trouver celle qui nous correspond le mieux.

Cet essor a également permis de dénicher de nouveaux auteurs, qui n’auraient jamais pu être publié il y a de ça 10 ans.

…Mais aussi un danger pour les petits

Pour notre libraire, cela se complique un peu…

En effet, il est désormais quasi-impossible pour un libraire de pouvoir nous proposer tout ce qu’il existe. Cela nécessite de faire des choix, et de trouver un juste équilibre entre des œuvres qu’ils ont envie de défendre (s’ils trouvent le temps de les lire) et ce qui leur permettra de manger à la fin du mois (et oui, il faut bien vendre des BDs sur Sarkozy ou sur Raymond Domenech pour faire tourner la boutique…).

Dans une telle situation, ce sont les gros éditeurs qui ont le pouvoir via leurs diffuseurs et distributeurs, de mettre en avant chez notre libraire leurs titres.

Je tiens à préciser toutefois qu’il ne s’agit pas ici d’une attaque contre les gros éditeurs. Nous vivons dans un monde capitaliste, le secteur de l’édition étant aussi une industrie, il me paraît tout à fait normal que ces éditeurs fassent ce qu’ils ont à faire pour gagner de l’argent, je ne fais donc ici qu’un constat.

J’en reviens donc à moi, tout petit éditeur indépendant, qui suis presque sans argent, sans marketing, et sans aucun pouvoir pour agrandir les rayons BD de mon libraire.

On considère aujourd’hui, qu’une BD disparaît des rayons si elle ne se vend pas au bout de deux-trois semaines.

Pour un petit éditeur, le libraire va souvent nous imposer des frais de retours qui seront à notre charge.

Mais comment réussir à vendre notre BD en librairie si :

- le libraire n’a pas le temps de lire notre BD car il en a trop à lire

- nos livres sont placés dans des étagères sans aucune visibilité

C’est une des raisons qui va nous pousser à nous débrouiller autrement… (to be continued…)

Pierre

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